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08 Dec

Maria

Publié par Tchema

Maria arrivait toujours à l'improviste. Venant de nulle part, s'éclipsant je ne sais où,

Eternellement vêtue de noir, sa lourde robe semblait la protéger des froids hivers et des pires canicules nord-africaines. Un fichu recouvrait sa tête et son cou, tombant sur ses épaules transfigurant la pauvre femme en une babouchka de cimetières.

Elle portait péniblement un grand sac lourd et profond contenant ce que notre imagination et notre curiosité d'enfant ne cessaient de puiser. En réalité, Maman n'oubliait jamais d'y glisser discrètement quelques denrées alimentaires que la vieille âme sollicitait.

J'aimais beaucoup ses apparitions furtives dans notre monde. Sa figure, en nous voyant, s'illuminait d'un immense sourire qu'éclairaient de beaux yeux bleus. Elle avait toujours le mot, le geste affectueux et tendre d'une grand-mère envers ses enfants.

Nous ne connaissions que peu de chose sur sa vie, son histoire, ses origines forcément aussi tristes. Sans doute est-ce encore notre imagination qui faisait de cette femme, une héroïne des romans de Tolstoï ou une veuve sicilienne victime de Cosa Nostra.

Maria, comme beaucoup de bigotes, abusait souvent de sa ferveur chrétienne pour rendre crédibles ses litanies malheureuses. Pourtant, à quelques jours des fêtes de Pâques, elle promit à chacun, un rameau. L'objet devint dans ma caboche, la merveille des compositions que les enfants arboraient sur le parvis de l'Eglise de Sainte Bonaventure. Les ramures argentées pliant sous le poids des confiseries multicolores, occupèrent mes pensées jusqu'au jour dit.

Maria tint parole. Devant nos yeux ébahis, elle sortit de son sac lourd et profond quelques petites branches d'olivier que le curé venait de bénir pour nous.

Une indicible honte monta en moi d'avoir imaginé un instant que Maria aurait pu nous offrir l'objet couteux de mon rêve. Ma fierté m'ordonna de ne rien laisser paraître d'une quelconque déception. Je lui fus bien au contraire d'une infinie gratitude de m'avoir offert ces moments de joyeuse impatience ainsi que cette belle leçon de vie.

Aujourd'hui, longtemps après, la vieille Maria s'en est retournée trottant dans ma mémoire, portant son grand sac lourd et profond. Je n'oublie pas à chaque occasion, de brandir, pour la saluer, une petite branche d'olivier.

Maria
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L
Une page de notre histoire qui tourbillonne a l'automne de nos vies . Un jour en m’asseyant prés de Maria , j'ai survolé son ombre qui me dit &quot; je n'ai rien et ne demande rien pourtant je reçois beaucoup &quot; Dans sa petite demeure au sol en terre battu tout prés de notre Dame d'Afrique , elle avait 3 poules et deux chats qui partageaient ses miettes .Cette pauvre femme prisonnière de sa solitude m'intriguait ..<br /> Je pense souvent a Maria . Je me dis que lorsqu'on pense souvent a quelqu’un il revient comme pour partager nos silences .. <br /> Le courrier est parti . j’espère que Josy recevra ma carte avant le 18 .. Gros bisous a tous ... .
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